La Province contre-attaque !

En tant que provinciale, née au Pays des Chtis et vivant actuellement dans la patrie du cassoulet, je m’élève contre le traitement que la télévision réserve aux jolies contrées qui bordent la région parisienne.

Je vais prendre deux exemples au hasard pour m’agacer légèrement du racisme anti-provincial des décideurs télévisuels.

Je commence avec « seconde chance »toutoutoutoutou » d’ailleurs non parce que les paroles du générique ont disparu).

Depuis qu’Alice est partie faire carrière au Japon ou cacher l’existence dans un congélateur du fils caché de Marc afin de ne pas agacer plus son ancienne copine d’école déjà fort rancunière à son égard, la sœur des frères ennemis Broaman a fait son apparition dans la série. Cette coiffeuse légèrement beaufette sur les bords est censée venir de Toulouse et là tous les poncifs concernant la ville rose ont été envisagés. Ainsi, Laëtitia nous a proposé la totale évoquant largement notre goût prononcé pour le cassoulet. [Il faut vraiment le vouloir pour manger un cassoulet à Toulouse, je vous assure. Je suis bien placée pour le savoir parce que mon géniteur n’en pouvait plus de ne manger que quasi végétarien à cause de cette personne quand il venait me rendre visite et qu’il a fallu lui dégoter une table qui servait des fayots aux saucisses.] Quant aux autres, ils n’ont que « vous n’avez pas ça à Toulouse ? » à la bouche, ce qui m’agace souverainement. A écouter les protagonistes de « seconde chance », Toulouse est vraiment une ville d’arriérés. [Je vous assure, nous avons le métro…]
Je me retiens de signaler que la ville rose est un pôle aéronautique de dimension mondiale mais surtout je voudrais rappeler à TF1 que France 3 a fait son beurre dans «plus belle la vie» des particularismes régionaux a priori et que donc pour rivaliser il faudrait peut-être cesser de se moquer des provinciaux qui sont encore majoritaires dans ce pays, (bordel).

M6 ne fait guère mieux en envoyant le sophistiqué Cyril Lignac, qui mériterait un nouveau look pour une nouvelle vie surtout pour ses cheveux filasses et secs, à Lens, en plein cœur du bôssin minier et lô évidemment on ô le drôt à la crème de la population. Lô bô, les hommes pensent que la cuisine n’est pas une tôche pour les môles et ont accessoirement un joli accent couleur locale qui aurait manqué sinon et une passion dévorante pour le club de foot locôl. J’ai adoré les images hors sujet du pauvre type qui explique que « le foot c’est sa vie » et apparemment ça passe largement avant le bien être de son épouse.

La seule émission qui trouve grâce à mes yeux dans l’exploration de la « Province » demeure « un dîner presque parfait ». Nous sommes rarement assaillis par les particularismes régionaux, même si quelque fois des mémères se demandent pourquoi un niçois fait de la quiche lorraine ou des nems (il s’agit d’un exemple non contractuel) et en majorité les « Provinciaux » sont plus sympathiques que les Parisiens souvent trop compétiteurs. L’actuelle semaine rochelaise qui suit un séjour à Paris en est la preuve ultime d’ailleurs.

Cyril Lignac contre attaque, POC aussi…

Cyril Lignac s’est auto-proclamé le Jamie Oliver français. Comme son illustre modèle, il était parti, voilà un ou deux ans, en guerre contre la malbouffe dans les établissements scolaires, fustigeant dans un premier temps de pauvres cantinières qui gavaient nos chers têtes blondes de purée en flocon, puis à la poursuite des vilains lycéens qui préfèrent manger sur le pouce que s’attabler pour déguster les repas concoctés par un cuisinier revêche rétif aux conseils du chef parisien.

Après ce premier combat – l’histoire ne dit pas si les enfants des écoles primaires où Cyril est intervenu mangent mieux et si les lycéens ont de meilleurs repas dans leur self – Cyril décide de reprendre son bâton de pèlerin de l’alimentation saine et de s’attaquer, cette fois-ci, à une cible de taille : l’Entreprise, enfin une usine perdue dans la pampa picarde.
L’entreprise, avec un « e » minuscule, où il atterrit, est apparemment une grosse PME, qui n’est pas dotée d’un restaurant dédié à ses salariés. Les pauvres ouvriers sont donc contraints de se disperser dans leurs voitures, les environs de l’entreprise et même les locaux pour manger ce qu’ils peuvent vite fait – ils n’ont qu’une heure de pause déjeuner.
Cyril n’en revient pas de constater que le brave travailleur français s’envoie des kebabs, des américains – un steak et des frites dans du pain -, des pizzas ou des plâtrées de ravioli réchauffées au micro-onde pour son repas de midi.
« Lignac », la voix-off s’est lâchée hier, décide donc de prendre les choses en mains et de filer des cours de cuisine aux ouvriers un brin macho.
Au programme, comme avec les petits enfants, on apprend au gentil travailleur ce qu’est un légume et ce qui est bon pour lui, le sucre et le gras c’est très mal, les légumes c’est bien. Un nutritionniste, qui n’est pas le Docteur Cohen qui ne doit plus être en contrat avec M6, vient faire peur au préalable aux forces vives empâtées de la nation en leur signalant que pour la plupart ils sont tellement gros qu’ils vont crever dans les vingt ans à venir.

(Ca, c’est mal par exemple)

A la moitié de l’émission, Cyril se heurte à la mauvaise volonté des employés obèses de l’usine. Il finit donc par choisir les plus gros supposés en plus mauvaise santé pour en faire ses ambassadeurs dans la société. Il joue au préalable sur une double corde sensible, « je suis venu pour vous aider, ne me décevez pas » *musique émouvante à l’appui, du James Blunt de préférence* et/ou « vous êtes gros, vous allez mourir demain » *marche funèbre* (là j’exagère, je le reconnais).
Évidemment, tout est mal(-bouffe) qui finit bien.
Les gentils ouvriers un peu gras se convertissent à la religion du gentil Cyril et découvrent qu’il n’est pas plus difficile de cuisiner un petit repas le midi que de s’avaler un sandwich. Le brave directeur de l’usine invite même Valérie Damidot, enfin une consoeur cuisiniste, pour remettre à neuf les fourneaux en libre accès de la boîte. Les ouvriers peuvent donc désormais cuisiner une entrée, un plat et un dessert pendant leur heure de pause déjeuner après 4 heures de travail à la chaîne avant de s’en enquiller autant par la suite. Oui, on nous prend un peu pour des cons sur M6…

La semaine prochaine, Cyril ira directement sonner à votre porte pour fustiger votre alimentation dégueulasse…

Vous l’avez senti, la démarche m’agace. Je la trouve condescendante au possible et complétement vaine. Les ouvriers accueillent à raison le cuisinier parisien métrosexuel avec méfiance. Il vient leur imposer sa bonne parole sur la nourriture, certes nécessaire quand on voit l’état physique de ces personnes, mais il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan – la plupart des salariés français continueront d’avoir une heure pour manger et de préférer un truc rapide à un repas sain complexe à préparer dans la plupart des cas. Je ne suis même pas sûre que les braves ouvriers suivront ses conseils utiles sur le long terme. De toute façon, M6 s’en fout puisque la chaîne n’assure pas le suivi d’une saison à l’autre. A la limite, j’aurais trouvé intéressant qu’il initie les ouvriers à l’élaboration d’une « lunch box » pour ne pas dire « un bento » équilibré ou qu’ils leur apprennent plein de recettes saines de sandwichs, au lieu d’une seule….
Jamie Oliver a mené une vraie croisade, nécessaire d’ailleurs, en Angleterre contre un mal
précis, la bouffe inepte refourgué aux gamins dans les écoles du pays, allant jusqu’à rencontrer le premier ministre, Tony Blair, pour obtenir des engagements financiers de sa part pour améliorer concrètement les choses dans ce domaine.
Cyril, lui, a beaucoup de peine en voyant un ouvrier engloutir une pizza au volant de sa bagnole ou en découvrant une pauvre employée qui mange des fruits, seule, à son poste de travail, et après ?
Cette démarche paternaliste aurait un sens à la limite si le comité d’entreprise ou n’importe quelle délégation du personnel était impliqué à long terme dans la démarche, là ce n’est que de la poudre – assumée certes – aux yeux.
(Source photo : m6.fr et blogs.guardian.co.uk/)