Bonjour Paris

Comme tout le monde, j’ai regardé Emily in Paris sur Netflix.

On a tous de bonnes excuses pour ça. Les températures ont chuté de 20° depuis la dernière fois où j’ai mis le nez dehors (nous sommes le 13 octobre et je suis confinée en attendant de râler quand on aura lieu le reconfinement officiel). J’ai du boulot par dessus la tête, le moral dans les chaussettes à l’idée de ne plus en avoir parce que c’est la crise, et je n’ai pas franchement de perspectives de vacances dans un horizon proche.

Donc voilà, je me suis dit que comme tout le monde, j’allais adorer détester Emily.

La série n’a pas eu l’effet escompté sur moi (me détendre !), car elle m’agace profondément. Je déteste Emily. En plus, je l’avoue, ça me saoule que les Français soient présentés comme des gens odieux, qui passent leur vie à fumer, paresseux (le pire à mes yeux), et suffisants. Ca me rappelle quand Marie-France a expliqué dans Koh Lanta que les gens du Nord étaient travailleurs, à l’opposé visiblement de ceux du « sud » qui se la couleraient douce. L’apparition d’Alexandre de la Star Ac en serveur mal-aimable n’a pas suffi à me réconcilier avec le propos.

Carrie à Paris à côté, c’était presque la panacée.

Mais bon plus que de pointer tout ce qui ne va pas dans la série, ce qui a été fait mieux ailleurs, je vais vous expliquer pourquoi les salariés de Savoir ont raison d’être odieux avec Emily.

J’ai un regard particulier sur la série, parce qu’en ce moment je m’intéresse de près à la question de la cession-reprise. Chacun ses hobbies !

Je voudrais juste que vous preniez deux minutes pour vous mettre à la place des salariés de Savoir. Monsieur Brossard, probablement un descendant de Papy Brossard, le créateur du délicieux Savane, a décidé de revendre sa société à des Américains, sans consulter sa seconde la vaillante Sylvie Grateau, dont le patronyme devait lui évoquer à une lettre près l’activité familiale.
Tous les salariés de Savoir vivent dans la terreur d’un licenciement, car ils sentent bien que les Américains n’attendent qu’une chose, tailler dans le vif des effectifs et certainement absorber Savoir à terme pour récupérer ses prestigieux clients. Et en ce moment, avec la conjoncture, ça ne serait pas gai pour eux d’être au chômage.
Sur ce, débarque l’arrogante Emily, qui ne parle pas un mot de français, et progresse étonnamment lentement dans son apprentissage de la langue de Victor Hugo. Elle a des idées sur tout et entend les mettre au pas des règles américaines (ouvrir à 8h30 le matin, ne plus coucher au boulot…). La jeune américaine veut « digitaliser » Savoir et je comprends que Sylvie le vive mal. Sylvie connaît les attentes de ses prestigieux clients, elle.
Je suis Sylvie sur ce coup-là, d’autant qu’elle s’est fait plaquer dans Dix pour cent par son agent de mari.

J’en suis au moment où Emily a découvert que sa nouvelle meilleure amie était la copine de son voisin et crush. J’imagine que d’ici la fin de cette saison, elle aura mis tout le monde dans sa poche et retourné tout un tas de situations défavorables en nouveaux succès. Mais je demeure très inquiète pour l’avenir de Savoir et de ses salariés.