Vous reprendrez bien un peu de cuisine à la télé

En bonne téléphage que je suis, j’ai bouffé pas mal d’émissions culinaires ces dix dernières années. Je dois être une des rares à me souvenir de « MIAM » présenté par Cyril Lignac à 20 heures sur M6 le samedi et à me demander ce que sont devenus les cuisiniers formés dans les deux (et oui, deux) saisons de « Oui chef ! ». Cette année, je me suis mise au régime sans « Top chef » pour mieux replonger éventuellement avec « Masterchef » nouvelle formule.

Du coup, j’étais plutôt dubitative en découvrant « Norbert commis d’office » sur 6ter. Il faut dire qu’à la base je ne suis pas la plus grande fan du grand gagnant de « Ice show » (oui, oui de ça aussi,je me souviens et pour cause, ça a à peine un an), qui a été, à mon avis, un peu trop essoré par M6.

Mais là, il revient amaigri et moins démonstratif qu’avant.

Le principe de son émission est simple et plutôt marrant : des gens balancent l’un de leur proche qui croit être un grand chef et cuisine en fait extrêmement mal. Bon, je reconnais que c’est un peu cruel, mais on connaît toutes et tous quelqu’un qui nous sort à n’importe quelle occasion sa super spécialité, en fait immonde, et qu’on déguste poliment pour ne pas le vexer.

[De mon côté, j’ai osé dire cette année à ma mère que sa spécialité savoyarde aux pruneaux, lard et pommes de terre était immonde. Je progresse.]

Norbert a pour mission de « redresser » ce cuisinier du dimanche.

La victime ignore évidemment qu’elle est convoquée pour être ridiculisée, et arrive pleine de morgue face au chef, à qui elle pense même apprendre des trucs, pour lui faire la démonstration de son talent culinaire. Des anonymes lui rabattent ensuite son caquet, et Norbert lui apprend à cuisiner vraiment sa spécialité afin qu’elle soit réussie à l’avenir.

Il y a de gros moins dans l’émission : son côté outrageusement scénarisé, la voix-off de Norbert parfois un peu exaspérante, et même un peu le concept, car j’avoue que pour les premiers épisodes, je me suis pas mal projetée. Je serai infiniment vexée si on m’annonçait que mon gratin dauphinois est ignoble, ou qu’il faut que j’arrête les cookies à n’importe quoi.

Mais au final, c’est plutôt marrant de voir des gens cuisiner à l’arrache des plats dégueus, et surtout on découvre des recettes sympas dans la phase finale avec Norbert, et quelques trucs pour une fois applicables dans une cuisine lambda.
Et il faut bien reconnaître que la pizza sept fromages ou la quiche surcuite avaient bien besoin d’une remise à niveau.

Une émission de cuisine où les gens cuisinent vraiment, ce n’est pas si mal finalement.

La révolution de Jamie

La rentrée télé se profile décidément bien, puisque entre la découverte de « Sherlock » et « l’amour est dans le pré » ce soir sur M6, j’ai pu visionner le retour du Jedi de la cuisine, le Cyril Lignac anglais (j’ai honte, et même physiquement mal, d’avoir écrit cela), dans « Jamie Oliver’s food revolution » ou en français dans le texte « Jamie fait sa révolution » (comme Jenifer) sur Gulli.

Dans la première saga, le jeune chef anglais vedette « aux allures de rock star », comme on l’écrit dans les bons magazines, avait tenté de changer les habitudes des cantines anglaises qui servaient jusqu’à sa visite des horreurs, qui feraient frémir les cantinières françaises pourtant sacrément endurcies, aux petits enfants, plombant en partie leur avenir. Il avait même été reçu pour ce combat par Tony Blair et les résultats, dont j’ignore tout, je l’avoue, avaient forcément du être probants, puisque deux ans plus tard, Jamie a décidé de s’attaquer carrément à l’Amérique.

Mon cuisinier préféré, à égalité avec Gordon Ramsay, a choisi pour cible Huntington en Virginie Occidentale qui a la triste réputation d’être la ville des Etats-Unis qui compte le plus d’obèses, avec 50% de sa population en surpoids massif. Je pensais jusque là bêtement qu’il s’agissait de Springfield depuis un épisode des « Simpson » où Marge réussissait à mettre en place une prohibition sur le sucre, mais la ville natale de Bart a peut-être été battue dans ce domaine par Huntington Virginie Occidentale.

Jamie débarque donc aux Etats-Unis avec sa bonne bouille d’anglais, son excellente volonté et quelques caméras pour rééduquer, le mot n’est pas trop fort, une ville puis un état et pourquoi pas le pays entier. Mais les autochtones n’apprécient pas sa démarche et les médias locaux se déchaînent immédiatement contre ce rosbif qui entend leur apprendre à vivre. Le cuisinier médiatique se met également à dos les cantinières extrêmement bien coiffées de l’école où il entend commencer son évangélisation alimentaire et on sent bien que la partie est très loin d’être gagnée pour notre héros.

En assistant à la tentative de révolution de Jamie, on fait forcément des « ah » et des « oh » en découvrant l’alimentation des petits américains, qui  mangent de la pizza au petit-déjeuner, et, ce qui a laissé Jamie sans voix, et nous a totalement terrassées de surprise, ma femme et moi, n’utilisent pas de couverts avant leur entrée au collège, puisque tout ce qu’ils ingèrent – nuggets, hamburgers, pizzas….- peut-être mené à leur bouche par une cuillère ou leurs petits doigts. Comme si ça ne suffisait pas, le téléspectateur découvre également l’alimentation d’une vraie famille totalement en surpoids qui ne connaît que la friture comme mode de cuisson des aliments.

Jamie se bat vraiment contre des moulins à vent, comme le prouve cette scène surréaliste où il explique à des mômes adorables la composition des nuggets. Il mixe une carcasse de poulet avec des peaux bien dégueulasses avant d’y ajouter moult saloperies sous les huées des gamins, qui finissent, quand ils découvrent qu’il s’agit de nuggets au final, par en réclamer. Les petits américains sont plus forts que Jamie…

[Cette séquence mérite le détour…]

Petit bémol évidemment, la noble cause défendue par Jamie est également et surtout une télé-réalité. Il faut donc des moments où le propos est dramatisé à l’extrême. Ainsi un savant suspense est entretenu sur la santé de l’ado que le cuisinier anglais prend sous son aile : a-t-il ou pas du diabète à 14 ans ? Nous voyons également les larmes du pauvre Jamie harcelé par les médias locaux et raillé par les cantinières hostiles.

J’ai énormément d’admiration pour le combat, le mot n’est pas trop fort, de Jamie Oliver, qui met réellement sa vie entre parenthèses pour aller se battre contre des moulins à vent. Alors, certes, il ne fait pas non plus ça pour des nèfles et il sert ainsi sa réputation de héros des fourneaux, mais la sincérité de la démarche m’éblouit – sinon honnêtement pourquoi s’emmerder à aller composer avec des cantinières revêches qui servent de la pizza à des gamins le matin au petit déjeuner en pensant qu’elles travaillent pour leur bien-être. Je persiste donc à saluer son courage et je serai au rendez-vous la semaine prochaine devant Gulli afin de savoir si la révolution de Jamie a réussi ou pas.