De Dracula à Twillight : Entretien avec une spécialiste des vampires

A 34 ans, je me demandais pourquoi j’étais aussi accro à « Vampire diaries » et pourquoi je gardais un souvenir ému du « Dracula » de Coppola, sorti en salle il y a vingt ans, qui m’avait poussée à l’époque à me plonger dans le bouquin de Bram Stoker. Marjolaine Boutet, historienne spécialisée en histoire contemporaine, et qui s’intéresse plus largement aux séries et à la fameuse culture populaire, vient de sortir un livre dans la collection « culture pop » de l’éditeur Ellipses sur cette thématique. « Fan de Buffy et grande lectrice d’Anne Rice, j’avais très envie de me pencher sur cette thématique et d’apporter une réponse à la question qui hante pas mal de monde : pourquoi les vampires continuent-ils de fasciner ? » En plus de 200 pages, en abordant les origines du mythe et toutes les questions que l’on n’a jamais osé se poser sur les vampires, Marjolaine Boutet apporte un début de réponse et en voici quelques unes en exclusivité pour mon blog à moi.
Qu’est ce qu’un vampire ?
« A minima, un vampire peut être défini comme une créature surnaturelle, un être humain décédé qui revient parmi les vivants et jouit de l’immortalité à condition de boire du sang. A la différence d’autres créatures fantastiques (fantômes, loups-garous, zombies ou démons), le vampire peut se comporter comme un être humain et se souvient de sa condition de mortel. Du fait de cette unique ‘double appartenance’, à la fois vivant et mort, puissant et contraint, le vampire peut être tout ce que nous sommes, tout en nous rappelant constamment tout ce que nous ne sommes pas. »
De « Dracula » à « Twillight »
« Twillight est l’exact équivalent aujourd’hui de ce qu’était Dracula à la fin du XIXème siècle. Le livre de Bram Stoker parle de sexe à une époque où on ne pouvait pas en parler, à l’inverse la saga de Stephenie Meyer évoque la chasteté à un moment où on ne peut pas le faire, même s’il y a une vraie forme d’érotisme dans Twillight. »

Du féminisme dans les séries télés avec des vampires
« Une scène m’a marquée dans la première saison de Vampire Diaries : Elena, Bonnie, et Caroline s’unissent pour sortir Stefan d’un puits où il est coincé. Bella ne ferait jamais ça dans Twillight. Dans la série, Elena est toujours responsable de ses choix, y compris dans le triangle amoureux qu’elle forme avec Stefan et Damon,son frère. Plus globalement, les filles – Bonnie, Caroline et Elena – contrôlent toutes les relations amoureuses et choisissent quand elles démarrent, mais aussi quand elles s’arrêtent. »
Les vampires et la peur
« Aujourd’hui, les histoires de vampires ne font plus peur, il s’agit au contraire en majorité d’histoires d’amour. Pourtant, à la base, le vampire était un prédateur sexuel et sa morsure s’apparentait à un viol qui pouvait même s’accompagner d’un meurtre. Aujourd’hui, même Kamel Ouali adapte Dracula pour en faire une histoire sentimentale. »
« Mais ces histoires unissent généralement un vampire masculin et une jeune femme mortelle, et jamais l’inverse. Les femmes vampires continuent de faire peur. »
Les références
« La plupart des histoires de vampires récentes (que ce soit sous forme de livres, de films ou de séries télévisées) joue avec les codes et les mythes établis, avec les références incontournables que sont le roman de Bram Stoker, les films de la Hammer ou bien encore l’univers d’Anne Rice, se citent les uns, les autres, augmentant le plaisir du lecteur / spectateur en créant une connivence au sein d’un univers conscient de lui-même. »
Buffy ?
« Buffy ne parle pas de vampires, mais du passage à l’âge adulte et de la façon dont on devient une femme. Je recommande cependant chaudement la série, notamment pour le premier épisode de la saison cinq de la série, qui invite Dracula à Sunnydale. L’intégralité de cet épisode est en effet un hommage aux films de la Hammer.»
« Vampires Diaries »
« C’est une super série, encore plus intéressante si on maîtrise bien toutes les références aux histoires de vampires, un peu comme Dawson, qui était une série pour les cinéphiles. Il y a notamment des jeux avec Twillight, les films de la Hammer, la mythologie des loups-garous, des fantômes…»
Des livres
« Je conseille les trois premiers romans d’Anne Rice d’autant qu’ils sont très précurseurs notamment sur la thématique de l’homosexualité. En outre, plus que Dracula, je recommande l’ouvrage de Sheridan Le Fanu Carmilla. »
Ce qu’il faut retenir sur les vampires
« Le fait qu’il n’y ait pas de règles explique la richesse du mythe et le nombre d’histoires de vampires qui existent. Tu peux faire ce que tu veux d’un vampire : il peut être immortel ou au contraire vulnérable. La seule condition préalable est d’avoir franchi la barrière de la mort. »
Si vous voulez en savoir plus sur la fascinante Comtesse Elizabeth Bathory, qui n’a rien à envier au terrible Vlad « Dracul » surnommé « l’Empaleur», sur les vampires et l’homosexualité, le féminisme, l’histoire…bref tout simplement si vous vous intéressez aux vampires, je vous recommande l’ouvrage de Marjolaine Boutet.
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8 réflexions sur “De Dracula à Twillight : Entretien avec une spécialiste des vampires

  1. moi je trouve les twilight complètement gniangnian et chiants ! Un seul bouquin aurait tout aussi bien fait l'affaire si l'auteure avait un peu condensé les choses.
    D'ailleurs, comme je suis un peu sadique, j'aurais (attention spoiler pour ceux qui n'ont pas vu/lu) fait mourir les deux héros niaiseux et s'enfuir Jacob et Renesmée afin de tendre vers une suite et une poursuite des Volturi.

    Buffy je n'en ai pas vu assez et dans l'ordre pour m'y intéresser.

    Quant à Vampire Diaries … tu connais mon histoire !

    Chouette article qui tombe pile et qui me donne donc bien envie de lire ce bouquin 😉

  2. Estelle, le bouquin révèle pas mal de choses sur Twillight, et ce que j'en ai appris ne m'a pas donné du tout envie de les lire. En plus, on m'a beaucoup dit que c'était fort mal écrit.
    Pour Buffy, je te recommande chaudement la série, comme Marjolaine.
    Tu as maintenant deux mois pour te mettre à jour dans VP, on n'en parle plus. 😉
    Je suis contente que l'article t'ait plu. Comme il n'a pas eu la destinée qu'il méritait, j'en suis d'autant plus ravie.

  3. C'est intéressant : « évoquer la chasteté à un moment où on ne peut pas le faire ».
    En contrepoint à cette idée, il y a un très joli film suédois qui s'appelle Morse et qui, il me semble, évoque des sujets à l'opposé de la chasteté qu'il est malgré tout difficile d'aborder aujourd'hui.
    La vampire a l'apparence d'une fille d'une douzaine d'années et elle protège / envoute un garçon peut être moins âgé.
    C'est pas de la télé, du coup c'est peut être un peu hors sujet, mais j'ai pas eu la patience d'attendre que ça passe dans Ciné Dimanche pour placer « c'est un très joli film suédois » dans un commentaire. Désolé.

  4. Tu me donnes envie de lire ce bouquin, contrairement à la couverture que je trouve particulièrement rebutante. Rien que pour ça ton article m'a été utile^^

    Et aussi parce que je suis interpellée par ça : « Mais ces histoires unissent généralement un vampire masculin et une jeune femme mortelle, et jamais l'inverse. Les femmes vampires continuent de faire peur. » ESt-ce plus développé dans le livre ?

    Quoiqu'il en soit, et ce qu'il faut surtout retenir : regardez Buffy the vampire slayer, les gens !

  5. Cela donne vraiment envie de lire ce livre. J'ai toujours été fascinée/effrayée/dégoutée/attirée par les vampires.J'avais adoré celui de Coppola; j'ai beaucoup aimé Buffy, même si je n'ai pas tout vu (idem pour Vampire Diaries, je n'arrive pas à suivre le rythme, mon emploi du temps s'étant subitement chargé).
    Par contre, je n'aime pas les histoires sentimentales, et Twilight est surtout une histoire très gnangnan, manque dramatiquement de sexe pour une histoire de vampire (pour moi les vampires – hommes ou femmes – se doivent d'être très sensuels) et est excessivement mal écrite (ou mal traduite, ou les deux). Pourtant j'ai lu les quatre tomes d'un seul coup. J'en ai un peu honte, mais bon … je crois que j'étais en phase de dépression hostile.

  6. Nacim, je te remercie pour l'information sur ce film, dont je n'avais pas entendu parler. Ca rejoint pas mal de thèmes du livre sur les tabous évoqués par les histoires de vampires.

    Avalon, je te recommande la lecture du bouquin, notamment pour la terrible histoire de la Comtesse que j'évoque à la fin du post. Les thématiques de la féminité, du féminisme et des femmes diaboliques sont largement évoquées dans le livre, que je te recommande vraiment. En plus, il n'est pas très cher.
    Sinon, tu as raison pour Buffy évidemment. 🙂

    Louise, comme nous avons des goûts décidément assez semblables en littérature, en séries et souvent en cinéma, je pense que la lecture de ce bouquin devrait t'intéresser. La façon dont Twillight est traité est d'ailleurs assez intéressante.

  7. Bon allez, banco ! J'irai chez mon libraire préféré dès demain en espérant le trouver 🙂 Je connais déjà l'histoire de la Comtesse Bathory mais on en s'en lasse pas^^

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